Moduler la douleur grâce à la musique, une expérience du CHU Liège
Depuis plus de dix ans, des musiques hypnosédatives composées sur mesure sont intégrées aux protocoles de différentes unités de soins du CHU de Liège, dont le Centre interdisciplinaire d’algologie. Loin d’être utilisées comme de simples fonds sonores relaxants, ces compositions se présentent comme un véritable soutien au processus thérapeutique.
Alier musique et hypnose
Derrière ce constat, il y a notamment tout le travail de recherche clinique commencé voici une dizaine d’années par le professeur Marie-Elisabeth Faymonville et son équipe. Chef du service d’algologie et soins palliatifs du CHU de Liège de 2004 à 2018, celle-ci va développer des approches de sédation innovantes basées sur l’apprentissage de l’autohypnose et du selfcare pour les patients oncologiques ou souffrant de douleurs chroniques. Son intérêt pour les états modifiés de conscience l’amène notamment à se pencher sur les effets de la musique sur le corps et le mental. Elle confie à Alain Collinet la création de sept suites musicales destinées à accompagner les séances d’hypnose clinique qu’elle a mises au point avec son équipe.
Moduler le tempo favorise la sédation
Celui-ci va alors développer une technique originale dite « en slash », composée d’une phase initiale de réduction progressive du tempo et de l’énergie musicale, induisant la sédation ou facilitant l’endormissement, suivie d’une phase médiale, durant laquelle la stabilisation du tempo à un niveau bas permet une sédation prolongée et une relaxation optimale. Le tout se termine par une phase de reprise, avec une augmentation graduelle du tempo et de l’énergie, favorisant un retour doux à l’éveil et à la vigilance.
« Cette technique de modulation va bien au-delà de la simple relaxation. En synchronisant la musique avec les rythmes corporels, elle crée des états de sédation profonde tout en optimisant l’impact thérapeutique » indique Alain Collinet. « L’idée n’est pas toutefois pas d’être en compétition avec l’hypnose. Mais l’avantage de la musique est qu’elle permet d’activer des représentations internes sans passer par le langage direct. Elle agit de manière beaucoup plus globale sur les réseaux cérébraux et est accessible sans qu’on fasse un effort cognitif » ajoute-t-il.
Musique clinique
Depuis plus de dix ans, ces musiques cliniques sont utilisées en continu au CHU de Liège, notamment au Centre pluridisciplinaire d’algologie ainsi qu’en soins intensifs. En 2024, l’institution hospitalière a autorisé Alain Collinet à diffuser ces compositions auprès d’autres professionnels du soin et de la relation d’aide. Une plateforme de téléchargement a été créée à cette occasion. À titre informatif, 70 % des bénéfices issus des licences de téléchargement sont reversés au pôle de recherche sur le cancer de l’institut GIGA de l’ULiège.
Infos
- La musicothérapie, une pratique qui affecte la santé positivement. Le Chuchotis du jeudi, 19 avril 2018. www.chuliege.be
- Bicego A, Monseur J, Collinet A, Donneau A-F, Fontaine R, Libbrecht D, et al. (2021) Complementary treatment comparison for chronic pain management: A randomized longitudinal study. PLOS ONE 16(8): e0256001. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0256001
- www.hypnusic.com
